28 nov. 2016

Accompagner un projet de vie, un projet professionnel

Rubrique : posture et outils du coach


Accompagner un projet de vie, 

un projet professionnel



Lorsqu'un client me demande de l'accompagner dans l'intégration de son projet professionnel dans son projet de vie, il m'arrive de lui proposer un parcours en 8 étapes qui permet de faire un pas de géant pour soi. Ce parcours mêle la réflexion, l'émotion, le rêve éveillé, la créativité, les conversations... Il permet ainsi de passer par dessus des croyances bien ancrées et redonne de la liberté. Je ne suis pas obligé de faire l'ensemble des étapes, je peux piocher avec les propositions et les envies de mon client, l'état de sa propre réflexion.

Première étape : réflexion préalable


Elle a pour objectif de faire un retour sur nos compétences, nos souhaits, nos points forts et d’identifier ce qui nous pousse, nous projette vers l’avenir, nous permet de nous sentir bien, nos valeurs, nos intentions, nos désirs pour nous-mêmes. 

J’utilise un questionnaire que je remets à mon client pour qu’il nourrisse sa réflexion. 

Nous pouvons ensuite passer en revue les réponses aux questions ou aller loin dans l’analyse d’une seule question, cela dépendra de la personnalité du coaché.

Questionnaire préalable au développement d’une vision personnelle

Vous pouvez utiliser ce questionnaire de la manière suivante :

  • Prenez une question par jour et parlez-en avec une personne importante pour vous, qui sait être à l’écoute et qui saura valoriser votre réflexion. Qui saura vous aider à y répondre de manière sincère.
  • Si vous travaillez seul, isolez-vous dans un endroit tranquille, avec du temps devant vous.
  • Choisissez la question qui vous paraît la plus importante pour vous, vous n’aurez pas besoin de toutes les traiter.
  • Écrivez ce qui vous paraît important pour vous, sans vous censurer.
  • Revenez sur vos réponses, sans critique, mais dans un souci de complément, en laissant une nuit entre la première réponse et la nouvelle réponse.

Dans le domaine professionnel :
  • Qu’est-ce qui vous rend heureux ?
  • Quelle est votre utilité sociale ?
  • De quoi êtes-vous fier ?
  • Quelles sont vos compétences ?
  • Que voulez-vous apprendre ?
  • Quelles sont vos valeurs morales ?
  • Quels sont vos rêves ?
  • Que pensez-vous ne pas pouvoir faire ?
  • Qu’aimez-vous faire (activité, travail) ?
  • Qu’est-ce qui vous met en joie ?
  • Qu’aimez-vous faire de créatif ?
  • Quelles sont les personnes qui vous inspirent ?
  • Votre vie professionnelle serait formidable si… ?

Il n’est pas nécessaire de répondre à toutes les questions, mais de se laisser porter par celles qui inspirent le coaché et de répondre spécifiquement à la dernière.

Deuxième étape : conversation avec ses rêves d’enfants et avec ses héros

Interroger l’enfant en nous, revenir vers les promesses que nous nous sommes faites, retrouver des aspirations, des rêves, des désirs profonds va nous permettre de ressentir profondément ce qui nous importe. 


Rêve éveillé


Un rêve éveillé permet d’accéder à cette partie de nous. Pour le réaliser, vous pouvez soit apprendre le déroulé par cœur et vous répéter les différentes phases au fur et à mesure de votre rêve éveillé, soit demander à une personne proche de vous de vous en faire le déroulé, avec une voix tranquille et calme, en vous laissant le temps de rêver à chaque phase. Dans tous les cas, ce qui se passe dans le rêve est ce qui doit se passer, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.

Je m’installe confortablement dans un fauteuil, sur une chaise, dans un lieu calme et tranquille.
Je prends conscience des contacts entre mes pieds et le sol, le poids de mes pieds, de mon corps sur le fauteuil, le contact de mon dos avec le dossier du fauteuil, puis le contact de ma tête, de mes bras, de mes mains sur mes cuisses ou sur le fauteuil. Je prends conscience du toucher, de la sensation de pression, du contact entre ma peau et le tissu, de la chaleur ou de la sensation de fraîcheur qui se dégage de ce contact. Je prends conscience de mon souffle, de ma respiration, je ressens l’entrée de l’air plus froid dans mon nez, je ressens l’air chaud lors de chaque expiration.
Je ferme les yeux dès que c’est possible pour moi. 
Je me dirige vers un lieu familier, un lieu agréable, un lieu positif où le sentiment de confiance est présent. Ce lieu peut être un jardin, une plage, une place de la maison ou tout simplement la pièce dans laquelle je me trouve. Je prends conscience de ce que je vois dans ce lieu, des couleurs, des objets, des lumières, de la présence de vent ou de soleil, des autres personnes ou de la solitude. Je prends conscience des sensations que je vis dans ce lieu et du calme, de la confiance qui sont présents. 
Si je ne vis pas cette sensation de calme, je reviens au contact de mes pieds avec le sol, je respire et prends conscience de ma respiration et je change de lieu, je vais vers un autre endroit. Si cela ne fonctionne pas, je reviens dans la pièce et je m’intéresse au sentiment, à la pensée ou à l’émotion qui m’a envahi. Je recommencerai plus tard, un autre jour, ou avec mon coach. 
Je laisse maintenant venir dans cet espace calme l’enfant de 8 à 10 ans que j’ai été. Si je suis sur une plage ou dans un lieu ouvert, j’avance à sa rencontre. Je peux aussi lui ouvrir la porte. 
Je le laisse prendre conscience du lieu, prendre plaisir à se trouver là, puis je l’interroge sur ce qui est essentiel pour lui, j’écoute sa réponse. Puis sur ce qu’il veut réussir, j’écoute à nouveau sa réponse. Enfin je lui pose une dernière question sur ce qu’il se promet. Je le remercie de ses réponses et le laisse repartir. 
Je reviens au plaisir du lieu, aux sensations que j’éprouve, à ma respiration. 
Je peux maintenant accueillir une personne âgée, très âgée, qui a l’expérience de la vie, qui a traversé de nombreux moments, des difficultés et des joies. Je lui pose la question de ce qu’elle pourrait me recommander pour mon avenir. Je la remercie de ses réponses et je la laisse repartir. 
Je reviens au plaisir du lieu, aux sensations que j’éprouve, à ma respiration. 
Je peux maintenant découvrir dans ce lieu une boîte à mon intention. Je l’ouvre avec précaution, elle va contenir une feuille manuscrite avec une consigne : pour être heureux, n’oublie pas de… Cette boîte comporte aussi une photo, une photo d’une activité qui devrait me procurer du plaisir et un trophée. Je ne connais pas par avance la teneur du trophée, ce peut être un souvenir ancien, un objet que j’aime, un objet qu’il me plairait d’avoir, un symbole de ma vie. 
Je peux maintenant revenir sur le fauteuil, dans la pièce dans laquelle je me suis installé et prendre le temps de quelques respirations.

Je vais pouvoir répondre maintenant à deux questions : qu’est ce qui m’a touché, ému ? Qu’est-ce que je retiens d’important pour moi ?

Ce qui apparaît au travers de ce processus est quelquefois étrange, d’autrefois étonnant, quelquefois limité, mais à chaque fois cela provoque de l’émotion chez le client et un sentiment profond de connexion avec lui-même. Ce n’est pas parce que nous n’utiliserons pas la matière obtenue qu’il ne faut pas aller la chercher. Nos rêves d’enfants, nos désirs inachevés ont du poids, leur rendre honneur nous amène vers la joie.

J’ai très longtemps pensé que je ne pourrais pas faire de la moto, que ce n’était pas pour moi, ayant un grand frère motard. Vers 45 ans j’ai décidé de dépasser cette croyance et de passer mon permis moto. Ça a été un grand moment de bonheur. Même si je ne fais pas souvent de moto, le fait de dépasser ma croyance et de réaliser un rêve a été bénéfique pour moi.

Retrouver ses héros et converser avec eux


Nos héros


La plupart des enfants ont des héros, dans de nombreux cas le travail avec le(s) héros permet d’accéder à des valeurs, à des désirs, à des engagements, essentiels pour le client. Le héros porte de nombreuses ressources utiles au développement de la personne et à la recherche d’options en situation difficile.

Quelquefois ce sont des héros du quotidien, D’autres fois, ce sont des personnes plus indifférenciées qui exercent une activité passionnante (pompier, conducteur d’engins, pilotes d’avion, pilotes de F1). Ou bien des héros imaginaires issus de la narration et de la construction d’un imaginaire propre à l’enfant. Des héros issus des contes ou des films, des histoires racontées.

Isabelle a une grand-mère qui garde des enfants, elle le fait avec tendresse et attention, fermeté et rigueur. Isabelle l’observe et l’admire, elle décide vers l’âge de 5 ans de faire comme sa grand-mère, c’est-à-dire plus tard de s’occuper d’enfants, ce qu’elle fera en devenant éducatrice.

Comme adulte nous conservons nos héros d’enfant et bien entendu nous pouvons avoir des héros plus contemporains, en lien direct avec notre métier. Dans tous les cas, la création d’un héros, est le processus créatif de l’enfant pour identifier/nommer/créer son identité préférée. Autrement dit, pour représenter quelques-uns des traits saillants de ce qu’il voudrait pouvoir être. L’existence du héros permet de formuler un désir de croissance, d’investissement dans le monde et contribue à donner du sens à l’action de l’adulte autonome, (comme dans l’exemple d’Isabelle ci-dessus). Le travail avec le héros permet souvent de nous approcher de nos valeurs, de nos intentions, de nos désirs et, par là même, de notre identité préférée d’adulte, toutes choses nécessaires à la joie.

C’est l’idéalisation de certains aspects de notre identité qui agit dans le héros. On le choisit en lien avec qui on se sent être, ce qui veut dire que l’on a naturellement des  caractéristiques qui nous permettent de mettre en œuvre dans la vie réelle certaines des qualités du héros. L’enfant qui choisit Zorro comme héros a certainement la possibilité de gentillesse, d’attention aux autres et un léger penchant à préférer la gent féminine. Bien sûr il ne pourra pas devenir Zorro, mais il pourra sincèrement aider les personnes en souffrance, avec un risque de vouloir sauver des personnes (par exemple des jeunes femmes en danger) qui ne souhaitent pas être sauvées. Cet enfant devenu grand pourra tomber amoureux de toutes les jeunes filles en souffrance et s’user rejet après rejet, ou devenir avocat, juge, thérapeute ou encore s’investir dans l’aide aux enfants haïtiens en pleine conscience de ses choix.

Pour de nombreux auteurs, trouver son héros, le développer est un facteur important de développement personnel. Pour Éric Berne, le scénario gagnant est celui qui permet de développer le héros qui est en nous. Le héros constitue un réservoir d’énergie pour motiver l’enfant naturel vers le chemin de l’adulte autonome. C’est un guide pour la croissance. Le héros nous permet de nous raconter une autre histoire de nous-mêmes, une histoire qui nous amène vers ce que nous souhaitons être.

Le héros commence à naître après la phase d’individuation et de séparation, quand des exemples se proposent à l’enfant. Il est possible de travailler avec le héros dans le cadre professionnel du coaching, en orientant les questions sur les ressources efficaces pour le problème considéré.


Reprendre contact avec le héros


Il s’agit dans un premier temps d’identifier un film, un conte, une bande dessinée qui était très importante pour notre client, puis de lui demander de quel personnage il se sentait le plus proche. À cette étape il est quelquefois nécessaire pour le coach de donner des explications rationnelles sur le travail qui est mené pour éviter les jugements internes que le client pourrait être amené à développer. Ce travail permet de mobiliser une source d’énergie et de résolution de problème importante pour nous. Il est également nécessaire de ne pas avoir d’a priori, ainsi dans la bande dessinée Tintin, certains enfants se sont sentis bien plus proches du capitaine Haddock ou de Milou que de Tintin. Chacun de ces héros a ses propres manières de résoudre les difficultés et peut largement en faire profiter la personne adulte que nous avons en face de nous.

La suite du travail porte sur l’identification des caractéristiques principales du héros : ce qu’il aime faire, la manière dont il entre en contact avec les autres, ses valeurs, ses défis, la manière dont il gère les conflits, les tensions ou dont il pourrait le faire le cas échéant. Bien évidemment, les questions sont en lien avec la problématique posée par le client et le contrat de coaching. Le coach est pleinement présent aux questions, il ne doit alors montrer aucune ironie, même si le héros ne lui semble pas très intéressant ou trop éloigné de la réalité. Le moment venu le client fera le lien entre les compétences du héros et sa propre difficulté. Il s’agit ensuite de chercher avec le client en quoi les caractéristiques du héros, ses comportements, ses valeurs sont utiles pour l’accomplissement de sa vision du monde. 

Il est possible que nous ayons plusieurs héros, dans la plupart des cas leurs caractéristiques sont proches (Zorro + Ivanhoé + Robin des Bois… ) mais chacun pourra nous donner un guide pour des actions différentes. Les héros dépendent de chacun, mais n'oublions pas que dans une classe d'âge, nous allons retrouver beaucoup de personnes qui ont choisi le même héros, la même héroïne (avez-vous lu le Club des 5 ?).

Je suis souvent étonné par la joie qui émerge après un travail de ce type et par la manière dont le client fait le lien entre son héros et certaines orientations qu’il a donné à sa vie.

Sylvie a des difficultés à se sentir bien dans les groupes et son travail l’amène à participer à de nombreux groupes de projets. Elle a une croyance qu’elle doit être amie avec tout le monde pour être en lien et travailler avec les autres. Elle a pour héros Tintin, Milou et le capitaine Haddock (riche panel), ce qui lui donne des ressources pour poser des questions (Tintin le reporter), identifier les personnes qui lui conviennent ou non (Milou et son flair) et pour tenir les importuns à distance (Haddock et ses gros mots). Avec ces ressources, elle prend conscience qu’elle n’a pas besoin d’être en lien intime avec chacun mais qu’elle a le droit de choisir le niveau de relation qui lui convient avec les membres des groupes projets. 
Charles a une estime de soi basse, de nombreux doutes sur ses engagements, sur sa fiabilité. Il identifie son héros au sein du Club des Cinq et associe certaines des qualités de ce héros avec sa propre compétence à chercher des solutions créatives et remettre en cause les certitudes des personnes avec qui il travaille.

Les informations qui émergent de ces deux premières activités : retour vers les rêves d’enfants et conversation avec le héros vont constituer des inputs essentiels au travail sur le projet de vie.

Troisième étape : identification des capsules de plaisir et de joie, partage et célébration des réussites


Mettre la joie dans mon agenda, c’est identifier régulièrement les capsules de joie. Les capsules de joie sont ces petits moments de bonheur, de plaisir, de joie, de fierté que je vis au travail. Elles nous permettent d'identifier les actions, les activités qui comptent, les moments dans lesquels nous nous sentons reliés à nous-même, aux autres ou au monde.

Ces capsules peuvent être générales : ce que j’aime dans mon travail, ce qui me fait me souvenir pourquoi je mets autant d’énergie dans mon activité professionnelle, ou plus spécifiques à une journée. 

Voici quelques capsules générales captées auprès d’amis coachs :
  • Quand un client se confie en toute confiance et que je sais répondre à son besoin.
  • Quand je comprends bien l’ensemble d’une demande et que la réponse surprend le client par sa pertinence.
  • Quand je débride mes élans et ma passion et que ma puissance et ma conviction sont investies au service du client et de sa problématique.
  • Quand l’équipe prend le temps de réfléchir à son avenir en parlant de sens et d’ambition.
  • Quand le client nous félicite et nous remercie pour les résultats obtenus.
  • Quand le client nous recommande.
  • Quand je revois un coaché après quelques mois et qu’il me dit ce qu’il devient, ce que le coaching lui a permis de débloquer, qu’il est heureux de me voir.
  • Quand malgré une longue journée, je rentre avec une pêche d’enfer et l’envie de repartir encore plus fort.

À votre tour de répondre à la question de ce qui vous fait du bien, vous plaît. 

Voici maintenant quelques capsules plus « locales », correspondant à une activité spécifique de la vie d’un coach :
  • J’ai aimé lire en anglais un article sur le coaching de compassion.
  • J’ai aimé constater que je me sentais proche de certaines thèses de cet article.
  • J’ai aimé en parler à Christophe.
  • J’ai aimé rédiger un post sur le sujet.
En fait, dans chaque journée de travail, même si globalement, le résultat ne vous convient pas vous pourrez trouver quelques capsules de joie.
Pierre accompagne une entreprise du secteur mécanique dans la création d’un comité de direction « collaboratif ». La journée de team building s’est soldée par un éclat du dirigeant qui a terminé la journée de manière abrupte. Pierre est dépité, il s’interroge sur sa part dans la situation. Conformément à sa manière de voir le monde (en lien avec la formation en psychologie positive qu’il a suivi cette année), il revient sur les petits moments de joie éprouvés dans la journée :
  • J’ai aimé animer la séquence de partage de représentations sur le management,
  • J’ai aimé animer l’icebreaker sur le transport du gros caillou (un jeu qui permet de mettre en action collaborative un groupe),
  • J’ai aimé co-animer avec Marine, échanger des regards soutenants,
  • J’ai aimé le regard surpris et joyeux du directeur de production…

Après avoir trouvé de nombreux petits éléments de plaisir et de joie, son humeur change, il peut maintenant aborder sa part de responsabilité sans se sentir incompétent ou inadéquat. Il sait qu’il a besoin de reprendre avec le dirigeant ses objectifs, ses inquiétudes.

Il est très facile d’accompagner nos clients dans cette recherche, par des questions directes sur ce qu’ils apprécient, ce qui leur permet de trouver du plaisir.

Quatrième étape : identification des expériences de flux optimal


Mihály Csíkszentmihályi (2006), un psychologue américain, a identifié la notion de flow (ou « flux optimal ») qui est selon lui « un état émotionnel bénéfique dans lequel compétences et challenge sont réunis et produisent du bien-être et de la performance ». Cet état a été identifié à partir des moments que des personnes interrogées décrivaient comme les meilleurs de leur vie. Il correspond à une concentration et une absorption complète dans une activité demandant beaucoup de temps et d’énergie, pour le plaisir de faire cette activité, sans recherche de gratifications telles que l’argent, le pouvoir ou la reconnaissance sociale. Le flux optimal correspond à ce que nous vivons lorsque nous utilisons pleinement notre motivation intrinsèque, à ce moment nous ressentons une grande impression de joie, de compétence, de réalisation et de liberté.

Selon cette théorie, une personne qui vit des expériences de flux optimal dans son travail va développer sa confiance en elle et une vision claire du but à atteindre. Elle obtient du feed-back immédiat sur son activité, ce qui l’amène à chercher à progresser et à se développer. Elle devient persévérante et résistante à l’adversité, éprouve du plaisir et de la joie, est motivée par l’activité elle-même. Elle est plus créative et performante. La théorie du flux optimal montre qu’une personne sera en bonne santé au plan émotionnel si elle a l’occasion de faire suffisamment souvent l’expérience du flux optimal dans sa vie. « Voilà ce que nous entendons par expérience optimale. C’est ce que ressent le navigateur quand le vent fouette son visage… c’est le sentiment d’un parent au premier sourire de son enfant. […] Ces grands moments de la vie surviennent quand le corps ou l’esprit sont utilisés jusqu’à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose de difficile et d’important. L’expérience optimale est donc quelque chose que l’on peut provoquer… Pour chacun, il y a des milliers de possibilités ou de défis susceptibles de favoriser le développement de soi » (Csíkszentmihályi, Vivre, Pocket 2006).

Mon objectif n’est pas de vous donner les pratiques de développement du flux optimal chez les personnes, les ouvrages de M. Csikszentmihaly donnent de nombreuses informations pratiques et les formations proposées par ses équipes peuvent compléter ces lectures.

Cinquième étape : création du projet personnel


À cette phase, j’utilise deux processus d’accompagnement, selon les circonstances, soit pour les personnes qui me consultent à titre personnel, soit lorsque le travail est réalisé en groupe. Ces deux méthodes sont créatives et vont engager la personne dans ses différentes facettes ; elles permettent de faire travailler le cerveau droit et le cerveau gauche ensemble :
  • la personal vision box, que j’ai élaborée à partir de la vision box employée dans les méthodes Agile ;
  • l’arbre de vie, issu des pratiques narratives.

Arbre de vie


Pour réaliser un arbre de vie, il suffit de savoir dessiner un arbre très stylisé ou plus détaillé selon son envie. Les racines de l’arbre représentent ce qui à contribuer à faire de nous ce que nous sommes, ce qui nous a permis d’être là où nous sommes : les lieux dans lesquels nous avons vécu, qui nous ont fait grandir dans une culture spécifique, les personnes qui nous ont marqués dans notre enfance, dans notre éducation, dans le monde professionnel, les métiers que nous avons exercés et ce qu’ils nous ont permis de vivre… Le sol permet de partager le terreau de nos vies, ce dont nous avons besoin pour vivre bien, ce qui nous met en joie, ce qui nous permet de traverser les difficultés.

Le tronc de l’arbre comporte nos valeurs, nos qualités, nos compétences, ce qui nous caractérise dans nos relations sociales, dans notre métier, dans nos relations personnelles, ce que nous aimons faire… Les branches des arbres constituent nos rêves, nos espoirs, nos désirs, nos intentions, nos projets. Ce que nous souhaitons faire, devenir, vivre. Les feuilles sont les personnes qui comptent pour nous, qui nous accompagnent, qui nous ont soutenus, nous ont inspirés ou qui peuvent nous guider pour ce projet, ce rêve ; les personnes-ressources, qu’elles soient vivantes ou symboliques (des héros). Les fruits sont les cadeaux de la vie, ce que nous avons déjà vécu, connu, fait qui peut nous donner espoir dans notre capacité à vivre nos intentions, nos valeurs, nos désirs ; ce qui nous a permis d’avancer sur notre chemin.

Personal vision box


Dans cette situation, le produit c’est notre avenir proche ! Cet atelier d’une durée d’1 h 30 est réalisé généralement en groupes de deux ou trois personnes. Un seul membre de ce petit groupe réalise sa personal vision box, l’autre ou les deux autres personnes servent de coach et sont à son service : ils reformulent, écoutent, questionnent, proposent, mettent en forme… Quand je suis avec un client, c’est moi qui joue ce rôle. La préparation en est simple : des boîtes archives blanches (disponibles sur Internet ou dans certains magasins) ou des boîtes archives recouverte de papier blanc, des feutres, des revues, de la colle, des ciseaux.

À travers cet atelier, je propose aux personnes un voyage vers elles-mêmes, vers leurs valeurs, leurs intentions, leurs désirs. L’objectif en est de participer à construire son futur en identifiant ce qui est central, sous contrainte de temps pour aller à l’essentiel. Il s’agit d’influer sur notre avenir, par notre créativité, notre imagination. On ne connaît pas son avenir, mais on peut orienter dans l’ici et maintenant un futur qui nous plaise.

Lorsque nous travaillons en groupe avec des personnes qui ne se connaissent pas, je propose un temps d’échauffement par un partage d’histoires, d’une durée de 10 minutes Nous avons chacun une définition différente du mot bonheur, et nous allons donc partager sur ce qui nous rend heureux ! Je propose que les participants se mettent par deux et racontent chacun une petite histoire de quelque chose qui les rend heureux. Une histoire réelle, récente si possible et réussie (pas une histoire de manque, d’absence, de besoin non rempli). Ce partage met de l’émotion (joie, nostalgie) et permet de créer du lien deux par deux.

Puis un temps de partage sur les réponses aux questions (présentées dans le travail préalable), d’une durée de 20 à 30 minutes Chacun choisit 4 ou 5 questions dont il veut détailler les réponses et répond également à « ce serait formidable si ? ». Un petit temps de feed-back, d’échange permet d’identifier les éléments principaux. Il n’y a rien à chercher de particulier, le processus permet de laisser émerger une synthèse ou des éléments clés.

Le troisième temps est le temps de la création, il dure de 30 à 45 minutes.

L’objectif est de partager le projet de votre vie sur le plan professionnel pour les trois à cinq ans qui viennent. Une consigne complémentaire : comment est-ce que vous pourriez le communiquer sous une forme simplifiée, graphique ? Et une invitation à se faire aider : faites-vous aider par vos collègues qui vont se mettre à votre service pour vous aider à illustrer votre vision avec des découpages, des dessins, des slogans…

La vision box s’inspire des boîtes de céréales et dispose de six faces :
  • Recto : accroche et logo, une manière de mettre en évidence le point clé de la vision du futur, l’image va généralement être synthétique, illustrative ou métaphorique, elle doit « claquer ».
  • Verso : la vision, il peut y avoir plus de texte, des dessins ou des images significatives d’éléments spécifiques de la vision, des pensées soutenantes, des citations.
  • Côtés : caractéristiques du projet, points clés, étapes nécessaires, valeurs.
  • Dessus : avec qui vous allez réaliser ce projet, les personnes concernées, les lieux éventuels.

Je rappelle aussi à chacun que ce n’est pas parce que vous avez une vision donnée que vous allez devoir la mener à bien tout seul ! Lorsque la boîte est terminée, en groupe, un temps de feed-back sur les ressentis au long du travail, puis une présentation de chaque projet au groupe permet de célébrer et de partager. Lorsqu’une personne est seule avec moi, je lui demande un feed-back sur ce qu’elle a vécu et sur ce qu’elle va faire maintenant de différent, une toute petite action ou une plus grande action, dans un temps court.

La création d'une personal vision box est plaisante et utile, même hors du processus complet : des exemples.

Sixième étape : prise en compte des émotions « négatives »


Le chemin vers la joie nécessite de travailler sur les autres émotions et sur le sentiment qui gâche la joie (honte ou sentiment d’inadéquation). Je peux par exemple proposer de répondre aux questions suivantes : « Lorsque vous pensez à votre projet :
  • Quels sont les éléments qui pourraient générer de la tristesse ?
  • Quelles sont vos peurs, vos inquiétudes ?
  • Quelque chose pourrait-il vous mettre en colère ?
  • Que pensez-vous de négatif à votre propos ? À quel moment pourriez-vous avoir honte de vous ? Qu’est-ce qui vous empêche de penser que vous avez de la valeur, que vous êtes « suffisamment » à la hauteur de votre projet ? »

Il s’agit ensuite d’identifier par l’écriture, de partager, de regarder en face ce qui génère ces émotions, ce que nous avons à changer, à prendre en compte, d’accepter ces émotions et de trouver les permissions et protections nécessaires. Lorsque nos émotions, nos sentiments sont pris en compte, que nous obtenons une réponse satisfaisante aux besoins qu’ils recouvrent, nous pouvons retrouver de la joie. Dans la vision de la psychologie positive, chacune de ses émotions nous indique ce qui nous empêche d’être dans la joie. 

Septième étape : recréation du lien avec les figures d’autorité positives et soutenantes


Tout au long de notre enfance, puis de notre vie, nous vivons avec des personnes que nous considérons comme des figures d’autorité. Souvent nous retenons les éléments difficiles que nous avons vécus, les moments ou ces personnes ont été blessantes ou directives ; les moments où nous n’avons pas eu d’impact, de soutien, mais des injonctions à ne pas être comme nous sommes. Mais nous avons aussi pu croiser des figures positives, soutenantes. Des personnes qui connaissent quelque chose de nos désirs, de nos intentions, de nos croyances positives, de nos engagements dans la vie. Des personnes qui nous ont marqués, que nous avons marqué, des personnes qui nous inspirent.

Le travail consiste à rechercher ces personnes (même si nous ne les voyons plus ou qu’elles sont décédées), regarder ce qu’elles nous ont apporté, ce qu’elles ont tiré comme plaisir de notre existence, ce que nous avons pu leur apporter, comment elles nous voyaient. Et puis de demander ce qu’elles diraient de ce projet, de cet espoir, de ce nouvel engagement dans la vie.

Il peut également être important d’identifier les personnes réellement présentes dans la vie de notre coaché qui pourront l’accompagner.

Huitième étape : recherche du plaisir et de la joie dans la réalisation (corps, cœur, tête) des actions quotidiennes et du projet


Dans de nombreux cas, la personne va pouvoir développer son propre projet à partir du travail réalisé. Quelquefois il sera possible de l’accompagner dans les premières étapes de son projet si elle le souhaite. L’objectif est de permettre la présence de la joie dans chacune des étapes, de la plus petite à la plus grande.


Bien sûr la compétence du coach reste prépondérante, il ne s'agit pas de suivre à la lettre le processus, mais d'aider notre client à  trouver des réponses à ses besoins,  à ses désirs, à ses doutes, à ses croyances... et pour cela, c'est bien sûr la "conversation" qui reste prioritaire.


Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d'équipes
Formateur et Superviseur de coachs
2016