3 avr. 2017

L'éthique et le coach - pistes pour son action personnelle

Ethique et déontologie du coach



Etre coach est un réel privilège, accompagner des clients dans leur développement professionnel et personnel, leur permettre d’atteindre leurs objectifs, d’y voir plus clair dans leur carrière, de développer une pensée consciente à propos de leurs difficultés, de mieux définir leurs objectifs, amène le coach a avoir un réel impact sur la vie de la personne coachée. 

Le coach peut de plus avoir un impact social important. Lorsqu’il accompagne des managers, qui grâce à son accompagnement, élargiront leur cadre de référence, modifieront leurs comportements et développeront des modèles de management plus respectueux des personnes, il permet le changement au sein des systèmes sociaux. Dans ce type d’intervention l’impact va largement au-delà du développement professionnel de la personne coachée, si le développement managérial de l'organisation le permet (1).


En réponse au privilège de son métier, le coach a un souci d’excellence. Il "doit" à ses clients la qualité de sa formation, la compréhension des mécanismes de la relation d’aide, des fondements de la relation humaine et de la collaboration. Il se doit également d’avoir une connaissance approfondie des fonctionnements des groupes organisés, des entreprises. Il se doit enfin de développer ses compétences par la formation continue, la supervision, la participation à des groupes de pairs, la recherche et la réflexion sur sa pratique.

Ethique et déontologie : définitions


  • ETHIQUE  :  C'est classiquement la science de la morale, la réflexion philosophique et morale sur l'art de diriger sa conduite. La réflexion éthique est celle qui permet de prendre des décisions lorsque la logique ne suffit plus. "L'Ethique , dans son sens large, est la discipline philosophique qui étudie les actions de l'être humain, englobant aussi bien l'intention morale que la volonté humaine. L'Ethique suppose la capacité de choisir comment agir. Cela comprend la capacité de choisir selon ses propres paramètres (éthique subjective) en prenant en considération la perspective de l'autre (éthique intersubjective)." (2) 
  • MORALE : la morale est selon le Robert, cité par Wikipédia : la "théorie de l'action humaine en tant qu'elle est soumise au devoir et a pour but le bien. Ensemble des règles de conduite considérées comme valable, de façon absolue. Ensemble des règles de conduite découlant d'une conception de la morale." (5) ou encore, selon le dicophilo (4) :un " Ensemble des règles et normes de comportement relatives au bien et au mal, au juste et à l'injuste, en usage dans un groupe humain."
  • DEONTOLOGIE : Il s'agit de l'ensemble des règles et des devoirs professionnels, tels qu'ils peuvent être définis par les membres d'une profession, quelquefois par un ordre (professions médicales, paramédicales). "La déontologie (éthique professionnelle) est l'étude de l'obligation morale et de l’engagement des praticiens à agir de manière éthique." (2). 

Ethique du coach 


Pour Carlo Moïso, l’éthique est une caractéristique de l’autonomie, au même titre que les 3 caractéristiques berniennes : la conscience, la spontanéité et la capacité d’intimité.


Pour un coach cette précision prend me semble-t-il un sens particulier.  « Le comportement peut être éthique ou non selon qu’il promeut ou pas le bien être de soi-même et des autres » déclare le Code Ethique de l’EATA. 

En l’absence de réflexion éthique, le coach dans ses différentes actions présentera un risque d’avoir une conscience incomplète du résultat de ses actes, ce qui peut l’amener à se conduire de manière dommageable pour son client et l'organisation pour laquelle il interviendra si son système scénarique (des modes de fonctionnement non conscients relevant de nos décisions anciennes et cherchant à résoudre des besoins archaïques) est actif.  

Sans qu’il se conduise de manière dommageable, l’absence de réflexion éthique le conduira à répéter des modèles de morales parentales ou sociales, peut-être simplement inadaptées à l’époque, appris dans une formation ou dans la relation à un superviseur. Il peut également adopter des positions éthiques universalistes qui ne seront pas toujours acceptables pour l'environnement dans lequel son client travaille.

La réflexion éthique va soutenir le fonctionnement du coach en reliant ses actions à un modèle élaboré du monde comprenant des définitions de ce qui est bien ou mal (en situation), des valeurs, les modalités de leur application et une méthodologie de réflexion adaptée aux situations nouvelles. L’éthique constitue ainsi un support efficace à l’éclairage d’une prise de décision éclairée ; en ce sens, l’éthique est rentable !

Pour se confronter à l’éthique, le coach peut se poser 4 questions fondamentales :  

  1. Comment je me comporte ? Quel est le résultat de mes actions ? Est-ce qu'il marrive de donner mon opinion sur les fonctionnements de l'organisation, du management ? Dans quelles conditions et avec quelle intention ?
  2. Quelles sont les valeurs et croyances fondamentales que j'ai vis à vis du management, des organisations, du développement professionnel ?
  3. Face aux évolutions du monde des organisations quelle est ma position ? Quelles sont les limites de mes interventions ?
  4. Comment est-ce que je prends conscience des valeurs et des intentions de mes clients ?
Bien évidemment les réponses obtenues ne sont pas univoques, chacun définit sa propre éthique dans un cadre professionnel donné.


De l'éthique à la déontologie, avec le cadre de référence de l'analyse transactionnelle


Croyances positives



Lorsque le coach a choisi l'analyse transactionnelle comme cadre de référence, il va clarifier les questionnements éthiques, construire sa position et développer sa déontologie tout au long de sa formation, en lien avec les préceptes issus de la "philosophie" de l'analyse transactionnelle :


  • chaque personne humaine a une valeur positive inconditionnelle,
  • chaque personne est capable de penser par elle même, de définir ses propres objectifs, de savoir ce qui est utile ou non pour elle,
  • chaque personne a décidé au cours de sa vie de ses comportements, en relation avec son environnement et peut donc redécider d'agir autrement si ces comportements ne lui conviennent plus.


Valeurs 


Il réfléchira aux valeurs fondamentales que propose le code éthique de l'EATA (2) et clarifiera sa position par rapport à sa manière de promouvoir ces différentes valeurs dans sa pratique (le groupe de pair ou la supervision en groupe sont particulièrement adaptés à cette réflexion) : 

  • La dignité des êtres humains. Chaque être humain a de la valeur, indépendamment de son sexe, de sa position sociale, de ses croyances religieuses, de ses origines ethniques, de sa santé physique ou mentale, de ses convictions politiques, de son orientation sexuelle, etc. 
  • L’auto-détermination. Chaque individu est libre de décider de son propre avenir dans les limites des lois nationales de son pays, tout en prenant en considération ses propres besoins et ceux des autres; chaque personne peut apprendre de son expérience à se prendre en charge, tout en tenant compte de la nature du monde et de la liberté d'autrui. 
  • La santé. La stabilité physique et mentale est le droit de chacun et doit être protégée activement. 
  • La sécurité. Chaque personne doit pouvoir explorer et grandir dans un environnement qui permet un sentiment de sécurité.
  • La mutualité. Chaque personne, en tenant compte du fait qu'elle vit et grandit dans un monde interpersonnel, est mutuellement impliquée dans le bien-être d'autrui, en développant une interdépendance avec les autres de manière à construire sa propre sécurité et celle des autres. 
Ces valeurs sont choisies à partir de la déclaration universelle des droits de l'homme. 

Principes éthiques fondamentaux


Le code éthique (2) précise les principes éthiques fondamentaux dans une relation d'accompagnement, au nombre de 5 : 

  • Respect pour chaque personne en tant qu'être humain, indépendamment de toute caractéristique ou qualité spécifique.
  • Autonomisation, qui souligne l'importance d'encourager la croissance de chaque personne.
  • Protection qui implique de prendre soin de soi et des autres (physiquement, mentalement, etc.) en ayant conscience de la singularité et de la valeur de chacun.
  • Responsabilité qui  implique de prendre en compte les conséquences de nos propres actions en tant que clients, formateurs, thérapeutes, superviseurs, conseillers, coachs etc.
  • Engagement dans les relations qui implique de développer un intérêt sincère pour le bien-être de nos clients.

Recherche d'attitudes positives


Ces fondamentaux vont aider le coach en réflexion à rechercher des attitudes positives vis à vis de son client :

  • pas de projets pour la personne (le coach est au service du client et de ses objectifs, le contrat précise ces objectifs et les modalités d'intervention),
  • pas de contrats sans limites, les interventions peuvent être plus ou moins longue, d'une séance pour l'aide à la prise de décision à plus d'une dizaine de séances pour un accompagnement à la prise de poste ou un changement professionnel important,
  • mise en place d'une attitude de protection : respect du cadre, de la relation, du client, absence d'abus financiers, absence d''exploitation du client, mesure de l'impact de ses interventions sur le client,
  • mise en place d'une attitude d'écoute et de permission : permettre au client de prendre conscience de son potentiel, de ses ressources, de ses réussites,
  • transparence sur son cadre de référence, sa pratique, ses sources d'inspiration,
  • développement permanent de sa pratique par la formation, la supervision, l'analyse de la pratique,

  • attitude de respect envers les cadres de référence éloignés du sien, prise en considération du monde interpersonnel de son client,

  • rigueur morale et clarification de ses propres désirs, de ses valeurs,
  • réflexion sur son implication dans la relation, analyse de ses réussites et des difficultés rencontrées, accompagnement thérapeutique le cas échéant,
  • confidentialité des interventions,
  • clarté sur son positionnement envers le donneur d'ordre...

Vers la pratique


Certaines questions déontologiques se posent régulièrement aux coachs accompagnant des managers pour le compte des organisations, (1) parmi les plus fréquentes :


  • L'instrumentalisation : le coach redoute d'être instrumentalisé par le donneur d'ordre, ce risque n'est pas sans réalité, qu'il s'agisse de montrer que 'décidément la personne n'est pas à la hauteur' ou que 'décidément le coaching ne permet pas de débloquer les situations'.
  • L'érotisation de la relation : la profondeur de l'écoute, la qualité de la relation, l'intimité à laquelle le client peut arriver, l'exposé de situations difficiles peut faire naître chez le client (et chez le coach) un sentiment d'amour ou de désir qui dépasse la relation professionnelle, lorsque l'on développe la relation, l'autre apparaît comme 'vraiment chouette' et cela peut raviver des déceptions, des difficultés, des désirs anciens. Lorsque le coach se perçoit comme désirant, il est nécessaire qu'il en analyse l'origine (s'il le souhaite) et les modalités d'interventions adéquates.
  • Le renforcement des dynamiques négatives de management : en validant les modalités de définition des objectifs, par exemple lorsque les objectifs ont été fixés par un N+1 et acceptés par le client dans la suradaptation, le coach risque de contribuer à des pratiques qui ne permettent pas le développement de la responsabilité personnelle et de l'autonomie.
  • L'utilisation de la relation : il peut être tentant, lorsque l'on accompagne des personnes 'bien placées' d'utiliser leurs services pour une petite faveur : une bonne adresse, une bonne idée d'investissement, une recommandations. Ces faveurs modifient la relation en enlèvent de la puissance au coach.
Chacune des rencontres avec ces situations complexes ou difficiles est pour le coach une occasion de croissance professionnelle.


Chartes déontologiques


Les chartes déontologiques des coachs permettent de développer notre conscience et notre réflexion. Faire référence a une charte déontologique pour un coach nécessite plus qu'une simple lecture, il s'agit de revisiter ses interventions, ses réussites et échecs à la lumière des recommandations déontologiques. 

Ce qui pose problème au coach doit être traité dans un lieu adéquat (supervision, thérapie).

J'ai choisi quelques éléments de celui de la SF Coach (2) au travers de plusieurs articles spécifiques pour illustrer mes propos.


Art. 1-1 - Exercice du Coaching. Le coach s'autorise en conscience à exercer cette fonction à partir de sa formation, de son expérience et de sa supervision.

La formation, qu’elle soit une formation au coaching ou une formation à la relation d’aide à travers des cadres de références spécifiques (analyse transactionnelle, PNL, Gestalt, psychanalyse…) constitue la priorité des priorités. L’expérience acquise dans les mises en situation, le vécu de l’intérieur du coaching lors de séances supervisées, les échanges avec les professionnels, la réflexion sur le choix de devenir coach, constituent les bases du professionnalisme. A chacun de continuer après cette formation initiale à se perfectionner.

Art. 2-4 - Protection de la personne. Le coach adapte son intervention dans le respect des étapes de développement du coaché.

Cette composante du professionnalisme se vérifiera par la capacité du coach à sélectionner ses interventions, à ne pas vouloir ‘traiter’ tout ce qu’il remarque et observe chez son client. Il sera vigilant à toujours être au mieux un demi pas derrière son client, au plus un demi pas en avance par rapport à son client. Vouloir aller trop vite ne peut que conduire à générer de la peur ou un sentiment d’incapacité chez son client.

Art. 3-1 - Protection des organisations. Le coach est attentif au métier, aux usages, à la culture, au contexte et aux contraintes de l'organisation pour laquelle il travaille.

Pour cela, il doit bien évidemment avoir une idée précise des fonctionnements des organisations et des groupes, être intéressé par la vie de l’entreprise, se tenir au courant des évolutions économiques et organisationnelles des entreprises. Il n’est pas nécessaire qu’il ait lui-même travaillé en entreprise, mais il doit au minimum être convaincu de sa capacité à travailler en groupe et dans un cadre organisationnel formel.

Art. 1-3 - Supervision établie. L'exercice professionnel du coaching nécessite une supervision. Les Membres accrédités de la Société Française de Coaching sont tenus de disposer d'un lieu de supervision.

La supervision constitue une des meilleures pratiques possible pour continuer à progresser dans l’acquisition de comportements et de pratiques déontologiques, dans la compréhension de ses interventions. La supervision permet à la fois de comprendre ce qui a été efficace dans un coaching, les progrès que le coach peut réaliser pour être plus efficient, la découverte de ses modes de fonctionnement, la résolution de ses difficultés ou accroches relationnelles. La supervision permet également, par la relation de confiance qui s’instaure avec le superviseur, de lâcher certains modes de comportements ou croyances dommageables à la puissance du coach (travailler seul, s’exclure du réseau, ne pas se montrer, ne pas se croire à la hauteur, être convaincu d’usurper son titre, rechercher le perfectionnisme…). La supervision permet au coach de comprendre ce qui se passe et d’être capable d’en parler, tant lorsque les séances de coaching sont efficaces, que lorsqu’il rencontre des difficultés de positionnement, de relation, d’intervention. Elle lui permet également d’obtenir des signes de reconnaissance spécifiques sur son professionnalisme.

Art. 1-4 - Respect des personnes. Conscient de sa position, le coach s'interdit d'exercer tout abus d'influence.

Un point central de l’éthique du coach. Pour des raisons financières, par envie de progresser dans son métier, par la possibilité d’accès à une information de valeur, le coach peut se trouver amené à demander des faveurs à son client ou à vouloir prolonger ses interventions.


Pistes d'action


Il apparaît donc une nécessité de réfléchir à son positionnement éthique. Plusieurs axes de travail sont possibles : par exemple, le coach peut prendre article après article du code de déontologie de la SF Coach et voir comment cet article s’applique à sa pratique quotidienne ou exceptionnelle. Il peut faire des liens, rechercher les fondements de l’indication déontologique ; sur quelles valeurs cet article repose t-il ? Quelles pensées philosophiques le sous-tendent ? Comment ses pensées philosophiques se confrontent-elles à ma propre vision du monde ?

Le coach peut également se poser la question de ses propres valeurs, imaginer les situations qui l’amèneraient à un questionnement ou à un doute éthique.

Il lui est également possible de consulter des codes éthiques d’autres professionnels de la relation d’aide et de faire le lien avec sa propre pratique : psychothérapeutes, médecins, infirmiers, assistantes sociales, éducateurs, psychologues…


Pour aller plus loin

(1) Daniel Chernet :  Coaching et développement des organisations - Actualités en analyse transactionnelle - 2014/3 (N° 147)
L’usage du coaching est un bon indicateur du niveau de développement des organisations. L’article vise à décrire les risques, pour le coach, le coaché et la personne morale, d’une position de vie non ok envers le coaching, et les bénéfices d’une intégration du coaching dans une culture managériale empreinte d’okness.

Divers codes de déontologie :


  • (2) Analystes transactionnels : http://ifat.net/pdf/code_ethique.pdf  : le code éthique de l'EATA distingue bien éthique et déontologie, il est généraliste et très détaillé et donc intéressant pour les coachs quelque soient leurs cadres de référence. 
  • (3) SF Coach : http://www.sfcoach.org/wp-content/uploads/2016/03/Code-de-d%C3%A9ontologieSFCoach-V2011_01.pdf
  • ICF : http://coachfederation.fr/images/D%C3%A9ontologie/ICF_-_Code_de_D%C3%A9ontologie_-_Sept15.pdf
  • EMCC :  http://www.emccfrance.org/fr/Le-Code-de-deontologie-35.html 
  • Sages femmes http://www.ordre-sages-femmes.fr/infos-juridiques/code-de-deontologie/
  • Psychothérapeutes (réflexions) : http://www.snppsy.org/deontologie-55 


(4) http://dicophilo.fr/definition/morale/
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Morale


Daniel Chernet
Coach
Formateur et  Superviseur de coachs
2005 ; compléments et mise à jour 2016

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